Polynésie française

Un ciel polynésien miroir de l'océan

Environnement

Slogan

On parle de l’eau qui monte, de terres qui disparaissent, d’un patrimoine architectural perdu et d’un peuple qu’on oublie. Aujourd’hui, guidés par les étoiles, c’est avec vous qu’on bâtira votre avenir. Pour qu’à jamais vous appartiennent vos îles, votre culture, vos richesses et votre âme polynésienne.

Résumé du projetAujourd'hui, l'exode des populations ne peut être présenté comme l’unique alternative aux nouveaux problèmes environnementaux (érosion côtière et disparition des terres, cyclones, etc.) et vivre dans un territoire insulaire doit rester une possibilité dans le futur. Il faudra alors, développer de nouvelles solutions architecturales adaptées au réchauffement climatique et à leur contexte, par anticipation et résilience. Dans un premier temps, ce projet a pour dessein l'approfondissement de mes recherches sur l'architecture et le changement climatique dans des régions vulnérables comme la Polynésie française notamment, en partenariat avec les acteurs travaillant sur la thématique. Ces études porteront principalement sur le répertoire des solutions et l'interrogation sur leur viabilité et leur efficacité dans un site donné. Dans un second temps, des études de faisabilité plus poussées pourraient aboutir à la réalisation concrète de projets architecturaux résilients (c'est-à-dire, des constructions capables de s'adapter aux perturbations afin de limiter les effets des catastrophes naturelles et de récupérer ses fonctions le plus rapidement possible). En définitive, il ne s'agirait pas seulement de "penser" les solutions innovantes contribuant à la lutte contre le dérèglement climatique, mais aussi d'agir avec le grand public (les différents corps de métier intervenant dans la construction, les associations, les acteurs politiques, les citoyens en général) pour répondre aux besoins des populations insulaires, tout en veillant au respect de la culture et du contexte local. Exemple d'une réponse architecturale au changement climatique dans un contexte spécifiqueLes assises des Outre-Mer sont l’occasion pour moi de partager mes recherches, au travers notamment d'une proposition d'une structure flottante dans la baie de Paopao, à Moorea, l’île soeur de Tahiti. Ce modèle représente une des réponses architecturales au dérèglement climatique, mais d'autres dispositifs pourraient être étudiés (construction amphibie, sur piloti, inondable, paracyclonique, etc.) en fonction des sites susceptibles de les recevoir. Ce concept opérationnel pourrait aussi être adapté à chacun des territoires touchés par le phénomène de la montée des eaux ou victimes de catastrophes naturelles telles que les inondations, les glissements de terrain, etc. Cependant, originaire de Tahiti, la préservation de l’environnement ainsi que la mise en valeur de la culture et de l’identité polynésienne ont toujours représenté des préoccupations personnelles majeures. C'est donc cette Collectivité d'Outre-Mer qui a servi à exemplifier mes propos.Tout d'abord, je vous invite donc à consulter la présentation de cette esquisse de prototype flottant dans la baie de Paopao à Moorea, qui résulte d'un an et demi de recherches sur le thème de l'Architecture flottante en Polynésie française? En quoi un prototype flottant d’extension d’un centre de recherche scientifique et d’une association de promotion du patrimoine polynésien, représenterait un projet adéquat pour accompagner les polynésiens dans le changement de paradigme mondial de la montée des eaux et simultanément une formule d’adaptation contemporaine à la culture locale? Le contexte géographiqueL’île de Moorea, située dans l’archipel de la Société, est un ancien volcan entouré d’une barrière de corail et ouvert sur l'océan Pacifique par douze passes. Elle est desservie par un chenal dans son lagon et par une route de ceinture de 70km sur terre avec des voies secondaires qui s’étendent vers les hauteurs. D'une superficie de 133,50 km2, cette île compte plus de 17 000 habitants regroupés dans plusieurs villages dont celui de Paopao, le plus peuplé. Les habitations sont dispersées en majorité le long du littoral, les plateaux sont réservées aux terres agricoles et les montagnes sont en grande partie restées à l’état sauvage. Les principales activités de l’île sont le tourisme, la culture de l'ananas et la pêche.Moorea est la première île à s’être dotée d’un PGEM (Plan de Gestion des Espaces Maritimes) conciliant développement économique et préservation du patrimoine. Depuis ces dernières décennies, les récifs de Moorea se dégradent, notamment le récif frangeant impacté par l’urbanisation littorale. Malgré tout, l’écosystème qui s’y trouve est l’un des mieux préservé de la planète car il est éloigné des masses continentales et des pressions d’une démographie humaine galopante. Bien que les atolls soient les îles les plus vulnérables à la montée des eaux, il semble plus opportun d'ébaucher un prototype d’architecture résiliente dans un territoire déjà urbanisé pour anticiper son expansion future dans des milieux moins densifiés.Surnommée l'« île des chercheurs », Moorea est le lieu d’expérimentation de deux stations de recherche internationales importantes: le Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement (CRIOBE) situé dans la baie de Opunohu au nord de l’île et la Station Gump, l’antenne locale de l’université de Berkeley en Californie localisée dans la baie voisine de Paopao, dont la profondeur atteint un peu plus de 30 mètres. 2. Le programmeLa Station Gump est un centre de recherche et de formation scientifique spécialisé en biologie marine collaborant avec l’association Te Pu’Atiti’a, chargée de promouvoir le patrimoine polynésien auprès du grand public. Le site bénéficie d’un bon accès à l’océan par la passe Teavaroa située en face de la baie ainsi qu’à l’intérieur de l’île et se trouve à environ une demie heure de trajet en voiture et ferry de la capitale Papeete.Le centre scientifique accueille tous les ans des étudiants et professionnels de l’étranger venant effectuer des programmes d’échange internationaux. Sa mission est de promouvoir la recherche, l’éducation, le service public, la biocomplexité tropicale et le développement durable. Il s’agit aussi de développer l’île comme un modèle type pour comprendre comment la physique, la biologie et les processus culturels interviennent pour modeler l’écosystème tropical.L’association est, quant à elle, chargée de procéder à la collecte des éléments faisant partie des traditions orales et de veiller à la préservation et à la protection de ces savoirs. Ses 75 membres, principalement des enseignants et des experts de la culture polynésienne, tentent alors de combiner les savoirs ancestraux et les méthodes scientifiques modernes pour les transmettre aux étudiants, notamment ceux du lycée agricole de la baie d’Opunohu et ceux venus en échange de l’international. 3. Les enjeuxIdéalement situé dans des eaux calmes, un projet flottant dans un tel site serait l’opportunité de créer un lien entre les habitants, parfois encore sceptiques face aux discours des scientifiques à propos de la montée des eaux et les experts eux même, en concomitance avec tous les travaux de recherches déjà engagés. Ce modèle architectural faciliterait également l’analyse des impacts du changement climatique sur la région de part la proximité directe avec le milieu lagunaire et favoriserait la préservation des sols encore inexploités en contrant l'expansion urbaine sur terre.Il s’agirait ainsi de créer une plateforme flottante qui établirait une connexion physique et symbolique entre ces deux entités, au travers d’un programme expérimental composé d’un centre communautaire, d’ateliers et de salles polyvalentes, d’un ensemble d’habitations, d’un laboratoire, d’espaces techniques ou agricoles.L'architecture flottante n’est pas dans la culture traditionnelle mais les polynésiens ont toujours vécu en osmose avec la mer et les nouvelles problématiques environnementales bouleversent les pratiques spatiales et entraînent un regain d’intérêt pour l’architecture résiliente.Ancestralement, les polynésiens étaient un peuple de navigateurs en relation directe avec la frange littorale où ils ont établi leur lieu de vie et ils tiraient de l’océan les ressources alimentaires, ornementales ou utilitaires. Il n’est donc pas question de créer un prototype perdu dans l’océan mais de conserver ce lien à la terre auquel ce peuple est attaché. 4. Les inspirationsLes polynésiens ont toujours utilisé des légendes basées sur les forces de la nature comme vecteurs de leurs traditions. Pour cela, ces valeurs intangibles ont constitué la source d’inspiration majeure de ce projet. Dans les temps très anciens, une légende raconte que les îles de la Polynésie formaient un banc de poissons au fond de la mer. Une autre légende raconte qu’après cela, dans l’archipel de la société, Raiatea et Taha’a ne formaient qu’une seule grande île appelée Hava'i et qu’elle fut séparée en deux par une anguille, puis le dieu Taaroa envoya le prêtre Turahunui guider l’anguille vers sa destination qui se trouve être Tahiti et Moorea.L’océan était ainsi couramment utilisé comme langage pour donner au ciel un rôle de miroir réfléchissant. Pour tracer les lignes directrices de ce projet, ce "ciel polynésien" a alors été superposé sur l’océan. La démarche a ensuite été de connecter les étoiles entre elles à l'instar des anciens navigateurs qui les employaient pour s'orienter en pleine mer. Tout comme les constellations étaient associées à des animaux ou à des objets, le plan masse de la plateforme flottante découle d'une représentation cognitive du poisson venu de l’île sacrée et du motif de l'hameçon, un outil ancestral, qui symbolise la geste de Maui, le demi Dieu, parti à la recherche de nouvelles terres émergées pour les futures générations.Ces étoiles connectées servent alors de points d’ancrage formant des modules composées de structures triangulées ainsi que de structures circulaires indépendantes techniques. 5. Les axes de projetLes axes de projet ont été guidés à la fois par les domaines de l'environnement, de l'économie, de la culture et de la société.Tout d'abord, une analyse physique du site a été menée afin de résister au mieux aux risques naturels mineurs. L’exposition réduite aux courants marins, la protection face aux vents dominants, la faible amplitude des marées, la préservation de l'écosystème marin jouant un rôle important dans l'atténuation des aléas climatiques ont été pris en compte dans l’implantation du projet. En cas de forces majeures, des systèmes d'alerte précoces permettraient de mettre les structures à l'abri.Ensuite, l’intégration de la dimension durable dans ce projet architectural, urbain et paysager a constitué un axe de recherche majeur. Un accent particulier a été porté sur une étude des dispositifs découlant de l’architecture vernaculaire, simple mais très bien adaptée à son milieu, et leur transposition dans les modes de vie contemporains dans ce site spécifique. Pour ainsi dire, les habitats traditionnels ne suivaient pas une trame orthogonale rigide comme c’est le cas en Occident, mais étaient regroupés autour du mahora, la place publique traditionnelle. Celle-ci a été placée au coeur du projet, comme élément fédérateur des différents programmes. Il a aussi été question de traiter l'efficacité énergétique avec la maîtrise de l’ensoleillement et de la ventilation naturelle des bâtis de faible altitude dans un microclimat tropical humide. L'aménagement du projet a veillé au respect des écosystèmes, voir à leur restauration par la culture de coraux ou d'espèces endémiques plantées sur, sous et autour des plateformes en s'inspirant de la permaculture. Mais aussi, l'accompagnement de la population dans le développement économique "bleu" de la Polynésie a été amplement questionné. Cela passe nécessairement par l'instauration d'une bonne gestion des ressources naturelles en réduisant le gaspillage des matériaux, l’empreinte carbone, en optimisant les efforts de construction ou en transformant en grande partie les ressources directement sur site. Les nouvelles technologies liées à la construction des infrastructures flottantes, la valorisation des déchets ou l'utilisation d'énergies renouvelables ont de même été analysées afin d’anticiper et de s’adapter aux nouvelles problématiques climatiques. Enfin, ce projet a été guidé par un soucis de produire une synthèse originale de l'ancien et du moderne, mais néanmoins ouvert au questionnement constant, dans la recherche d'une identité polynésienne contemporaine. De part son passé colonial et le phénomène de mondialisation, ce territoire insulaire tend à perdre ses qualités patrimoniales et ses valeurs authentiques. Il serait alors opportun de mélanger les savoirs-faire ancestraux et modernes, d’encourager la cohésion sociale et de promouvoir l’activité locale (artisanat, coprahculture, pêche artisanale, vanilleraie, perliculture, etc.) par l'établissement d'un processus de sensibilisation, de participation et d’apprentissage.