Polynésie française

Projet de suivi médical par télémédecine, de patients en longue maladie de l'archipel des Gambier

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Slogan

La médecine en milieu extrême

  1. ContexteLa Polynésie française est un territoire aussi vaste que l'Europe.Composé de cinq archipels, le territoire s'étend sur une surface maritime de plus de 5 millions de kilomètres carrés pour une population totale de 270 000 habitants. Sur ces considérations, la Polynésie française est un désert marin. De plus, le territoire est caractérisé par son double isolement, lié à son insularité et à sa nature archipélagique.Archipel le plus éloigné de Tahiti de la Polynésie française, les Gambier subissent depuis près de deux décennies les aléas d'une médicalisation en pointillée.Cette situation est la conséquence de plusieurs facteurs identifiés comme la baisse de la démographie médicale ou la redéfinition, par les médecins eux même, de leur place en tant que généraliste dans des postes isolés. Il est nécessaire de souligner que la démographie des professionnels de santé à tendanciellement évoluée vers une concentration des médecins en direction des milieux urbains (Papeete), ces derniers étant perçus comme plus dynamiques et attractifs que les milieux ruraux (c'est-à-dire les îles isolées). La présence de médecin sur site est soit nulle, tout au mieux chronique et la nouvelle génération de médecin ne cherche plus à s'installer dans les îles rurales et isolées comme par le passé.Parallèlement à cette instabilité de la couverture médicale, cet archipel a subit sur les quinze dernières années une hausse de près de 50% de sa population (la population de l'archipel des Gambier est passé entre 2002 et 2017 de 1035 à 1535 selon l'Institut de la statistique de Polynésie française). Cette hausse est liée à l'activité de la perliculture sur archipel, une forte natalité mais aussi au vieillissement de sa population. La dynamique démographique du vieillissement des populations entraîne avec elle une augmentation des pathologies non transmissibles tel que le diabète de type 2, l'hyper tension artérielle ou l'insuffisance respiratoire. A ce titre, le rapport du Dr. Cojan (2015), médecin inspecteur de la Santé Publique en Polynésie française soulignait que près de 13% de la population des Tuamotu-Gambier étaient atteintes de maladies chroniques non-transmissibles, chiffre à la hausse et qui prend selon le rapport, des proportions épidémiques. Il est utile de mettre en relation la hausse des maladies chroniques non-transmissibles avec la décroissance structurelle de l'offre médicale sur site. 2. La médicalisation actuelleLa médicalisation actuelle de l'archipel repose sur un centre médical situé sur l'île principale de Mangareva fonctionnant avec deux infirmiers et un médecin (lorsqu'il y en a un). Une infirmière libérale est également installée sur Mangareva,et travaille au domicile des patients.Si le poste de médecin n'est pas pourvu, la médicalisation des consultations se fait sous forme de télémédecine avec les médecins de la circonscription des Tuamotu-Gambier basés sur Tahiti. Dans ce contexte, toutes les consultations ne donnent pas lieu à un avis médical par manque de médecins disponibles pour assurer l'ensemble des consultations, certaines pathologies étant gérées par les personnels de santé eux mêmes au travers de protocoles.La prise en charge du suivi des patients atteints de maladies longues non transmissibles est faite au dispensaire de Rikitea. La prise en charge de cette patientèle se fait de deux manières : - Dans le cadre de la mission pluriannuelle réseau inter-île, des médecins spécialistes du Centre hospitalier de Polynésie française sont envoyés en mission sur l'île. - Dans le cadre d'un transfert sanitaire, les patients atteints de maladies longues non transmissibles sont transférés sur Tahiti afin de procéder à des examens complémentaires. L'autorisation relative à cet examen est conditionné par la caisse de prévoyance sociale (CPS). Ces deux méthodes de suivi sont complémentaires. Néanmoins, le recours au transfert sanitaire induit des dépenses supplémentaires à la charge de la CPS. Ainsi, en plus du coût de la consultation viennent s'ajouter les dépenses relatives au transport et à l'hébergement du patient sur Tahiti. 3. Le projetLe présent projet vise à répondre à la problématique de la désertification médicale des territoires par le biais de la télémédecine en s'appuyant sur le maillage des professionnels de santé du territoire. Il propose une organisation innovante permettant d'assurer le suivi de certaines pathologies chroniques chez des patients résidents de l'archipel des Gambier. Cette organisation repose sur un binôme constitué d'un médecin libéral et d'un infirmier (ière) libéral (e) partageant les informations sur un dossier médical Partagé hébergé sur un cloud sécurisé. Ce binôme, qui est au cœur du processus de téléconsultation est assisté en télé expertise par des médecins spécialisés.L'intégralité du suivi des patients sur site est rendu possible grâce à l'utilisation de capteurs biométriques qui enregistrent des paramètres ou des photos. C'est le cas de la rétinographie qui est désormais possible en ambulatoire, l'examen étant réalisé par un IDE et l'expertise faite par un ophtalmologiste.Le médecin libéral, conventionné avec la Caisse de Prévoyance Sociale, est basé sur Tahiti et l'infirmier(ière) libéral(e), également conventionné(e), est basé(e) sur l'île de Mangareva aux Gambier.Le médecin libéral basé sur Papeete signe des contrats avec la patientèle en vue de se faire reconnaître la qualité de médecin traitant auprès des populations atteintes de maladies chroniques non transmissibles. Le projet s'inscrit dans le cadre du panier de soin de la Caisse de Prévoyance Sociale relatif à la prise en charge des maladies longues. Le médecin traitant doit se déplacer sur le site dans le but d'y rencontrer la patientèle concernée afin de renforcer le relationnel et le niveau de confiance entre les patients et le médecin traitant. Le renforcement du lien social entre les territoires est la pierre angulaire du projet de télémédicalisation de l'archipel.De plus; afin d'améliorer le suivi des populations atteintes de maladies chroniques non-transmissibles, des médecins spécialistes conventionnés apportent une expertise selon les cas, au médecin traitant. Il est lieu de séparer l'activité du médecin traitant (télémédecine); de l'activité du médecin spécialiste (télé expertise) conformément à la législation en vigueur. Les données de santé du patient sont enregistrées et hébergées sur un cloud sécurisé (dossier médical partagé - DMP) permettant le partage des données médicales entre le médecin traitant, médecins spécialistes et l'IDE présent sur site. Le projet, à titre expérimental cherche à s'intégrer au panier de soin de la CPS relatif aux maladies longues durées, de tester la manière avec laquelle il est envisageable d'expérimenter cette solution dans le cadre du panier de soin. En appliquant le projet sur une population restreinte (20 à 30 individus), il est question de faire reconnaître l'acte de télémédecine par la CPS et les acteurs de santé en général, la rémunération forfaitaire de la télé médicalisation du site (rémunération du médecin, du médecin spécialiste et de l'IDE), et d'autre part au remboursement des consultations des populations intéressées. Les consultations se feront sur rendez-vous une à deux fois par semaine, dans des locaux arrêtés par les autorités communales. Le projet dans son ensemble, ambitionne de mettre en place un suivi régulier et fiable des populations atteintes de maladies chroniques non-transmissibles et ainsi qu'à la mise en place d'un dispositif de veille sanitaire. Il vise à répondre aux problématiques susmentionnées par une réponse technologique et organisationnelle, c'est-à-dire une par une nouvelle approche de la médecine.