Plusieurs territoires

Livre(t) redonnant le goût de la culture locale à la jeunesse ultramarine

Culture

Slogan

Faisons de la culture ultramarine une richesse pour tous !

Avant de débuter mon propos, je souhaiterais vous informer que je citerai plusieurs fois la Martinique afin d’imager mon projet, de vous aider à mieux le comprendre. Ce projet ne concerne pas que la Martinique et est applicable à toutes les régions d’outre-mer. Je l’utilise comme exemple car, natif de l’île, c’est là-bas que j’ai établi mon constat, réalisé mes recherches et rencontré des acteurs locaux. L’origine de mon projet part d’un constat simple: il y a un gros problème d’identité chez les jeunes ultramarins. En effet, une étude réalisée entre 2003 et 2008 en Martinique, et que l’on peut retrouver sur le site de l’INSEE (https://www.insee.fr/fr/statistiques/1908433#titre-bloc-5), montre que les jeunes natifs de Martinique sont nombreux à quitter le territoire entre 18 et 28 ans (environ 1000 par tranche d’âge). Ces mouvements résidentiels qui engendrent un vieillissement de la population sont dus à un manque de choix quant aux formations et aux enseignements supérieurs mais aussi à une difficulté pour la jeunesse martiniquaise à se projeter en Martinique, à s’imaginer y vivre (les retours des natifs se faisant majoritairement à partir de l’âge de la retraite). Ce problème n’est pas propre à la Martinique mais il est propre à l’Outre-mer. Ce flou identitaire a pour conséquence, soit un communautarisme parfois involontaire, soit $un détachement total de la culture locale. Une petite enquête avait été réalisée auprès d’enfants martiniquais scolarisés en primaire. La question était simple: « par quelles mers est bordée la Martinique ? ». Un grand nombre de ces enfants avait répondu: « l’océan Atlantique et la mer Méditerranée ». Cette réponse traduit un manque cruel de représentation dans les programmes enseignés dans l’outre-mer qui ne sont pas adaptés aux particularités de ces régions. Afin de bien comprendre le problème et d’en dégager une solution, j’ai rencontré une enseignante en hôtellerie-restauration qui dispense des cours à des élèves en baccalauréat professionnels mais aussi à des étudiants de BTS en Martinique. Elle porte à ma connaissance le fait que, pour les BTS, l’Éducation nationale a institué un programme national qui est donc le même pour tout le monde tandis que pour les filières professionnelles, la culture locale peut-être insérée dans le contrôle continu. Cette enseignante me fait remarquer que, malheureusement, l’apprentissage de la culture locale n’est possible que dans les filières qui ne préparent pas forcément à travailler dans de grands restaurants. Elle déplore alors un manque de localité dans les formations sensées préparer « l’élite ». L’enseignante a alors décidé d’enseigner dans le cadre de FCIL post-bac (Formations Complémentaires d’Initiative Locale) par lesquelles des acteurs de la Région tentent de combler le manque de personnel dans une branche professionnelle. Le constat est sans appel, lors d’un cours sur le rhum, une très grande majorité des participants à la FCIL ne savaient même pas placer les communes sur la carte de la Martinique. Au delà de ces méconnaissances qui créent des vides dans certaines branches professionnelles, l’enseignante se rend compte que ses élèves ont tendance à ne pas savoir que leur culture leur est propre et qu’elle est différente, dans certains domaines, de celle de la France métropolitaine. Un exemple qu’elle me soumet : lorsqu’il est demandé à des BTS de créer un cocktail, ils y mettent automatiquement des jus ou des alcools issus des fruits locaux ou de la tradition locale. Ce réflexe peut être vu, chez certains, comme une fierté ou juste une préférence gustative mais elle traduit aussi une méconnaissance, par les martiniquais, de ce qui fait la particularité de leur île. Certains auront tendance à proposer le jus de goyave parce qu’ils ne savent pas qu’elle ne pousse que dans certaines régions et pensent pouvoir s’en procurer partout. Idem pour la gastronomie locale : beaucoup d’antillais, et je prendrai l’exemple de la « pomme-cannelle », ne savent pas que c’est une viennoiserie propre à leur région et donc à leur culture. On pourrait donner le même exemple avec les eaux minérales, avec certains crustacés, certains modes de cuisson... Ces exemples montrent qu’il n’y a pas non plus, dans le cursus scolaire de la jeunesse ultramarine, un apprentissage de ce qui fait leur différence. Apprendre la différence, ce qui nous est propre de ce qui ne l’est pas, permet de construire cette identité ultramarine et de s’ouvrir aux autres cultures. Énormément d’initiatives locales existent. Elles passent par quelques cours de créole, de cuisine, des petits déjeuners locaux etc... Mais elles ne sont pas généralisées et diffèrent d’une école à une autre, d’une région à une autre. J’ai eu la chance, lorsque j’étais en primaire, d’avoir une institutrice qui nous a appris quels étaient les premiers peuples présents sur nos îles, qu’est ce qu’était le colonialisme, d’où venait le créole et qui étaient Victor Schoelcher et Aimé Césaire. Mais cet apprentissage n’a eu lieu que dans ma classe. Mon projet est simple, il s'agit de réunir, en collaboration avec le ministère de l’outre-mer et le ministère de l’éducation, des historiens, des associations, des artisans et des linguistes afin de créer un livre ou un livret qui porterait sur les particularités historiques, géographiques et culturelles de chaque région d'outre-mer et qui serait annexé aux programmes scolaires dispensés en primaire dans les régions d’outre-mer et simplement mis gratuitement à la disposition des élèves de tous niveaux sur tout le territoire national. Ce livre présentera la gastronomie de chaque région ultramarine, son passé historique comme géographique, il racontera l’histoire commune avec la France, comment la région est devenue un D(R)OM ou un (T)COM et expliquera la différence entre ces deux statuts. Au delà, on pourrait imaginer que l’existence de ce livre donne lieu, dans le cadre des TAP (Temps d’Activités Périscolaires), à des ateliers qui seraient rendus obligatoires afin de généraliser les initiatives qui permettent l’accès à la culture et à l’histoire locale. Ces activités permettraient aux enfants d’apprendre, par exemple, quelques recettes typiques de leur région natale et de les comparer avec d’autres spécialités régionales françaises; tout comme les danses traditionnelles, le créole, la faune et la flore propre à chaque région ultramarine. Le but de ce livre, au final, est de regrouper toutes les connaissances que les enfants peuvent recevoir de manière aléatoire par leur famille et leurs professeurs afin de leur redonner le sentiment que les particularités de leur région sont une richesse pour la France, qu’elle en est fière et qu’ils peuvent, eux aussi, en être fiers. Cet apprentissage généralisé de la culture locale permettra, sur le long terme, de créer des vocations et de donner aux enfants l’envie de partager leur culture avec d’autres personnes. Cela aura alors une influence directe sur le milieu touristique puisque les enfants pourront avoir pour rêve de monter des restaurants typiques, des galeries d’art qui regrouperaient des oeuvres utilisant un savoir-faire artistique local, bref de promouvoir leur culture dans leur région, dans tout le pays voire dans le monde afin de montrer que ce sont les diversités qui font la richesse de la France. Ce projet pourrait, en fonction de son succès et de ses résultats, se voir découpé en plusieurs thèmes qui correspondraient à des branches de métier afin que les lycéens puissent, en fonction de leur spécialité, recevoir un enseignement, un apprentissage local pour qu’aucun corps de métier ne souffre du manque d'un savoir-faire propre à la région. Dans tous les cas, le contenu de ce livre ou livret ne pourrait fait l’objet d’un examen final, il existera pour informer, apprendre et transmettre une culture qui est noyée sous les programmes nationaux; il pourrait tout de même mené à la création de nouvelles options à l’image des options en langue régionale actuelles. Par exemple, nous pourrions voir apparaître des baccalauréats option art et littérature afro-caribéenne ou option préservation des océans et de la barrière de corail.  Vous l’aurez compris, ce livre ou livret, peu importe la forme qu’il prendra, ainsi que les activités qui pourraient y être liées, est très facile à rédiger et à mettre à jour puisqu’il réunira des passionnés et servira à favoriser la transmission de savoir-faire et de connaissances qui pourraient être en voie de disparaitre. Si on va plus loin, il servira aussi à faciliter l’intégration des enfants arrivant en outre-mer, qui ont des parents métropolitains, qui n’ont donc pas forcément accès à la culture ultramarine. Il aura ainsi pour conséquence de promouvoir la culture ultramarine et de créer des vocations chez d’autres personnes que les natifs. Aujourd’hui, raconter l’histoire de nos régions apparait primordial afin de sensibiliser la jeunesse ultramarine, en perte d’identité voire en schizophrénie identitaire, à ce qu’elle est et à ses origines. Je ne souhaite pas cela dans un but communautariste voire indépendantiste, au contraire, je souhaite redorer l’image qu’ont les ultra-marins d’eux-mêmes dans un but d’unité avec la France. Qu’ils retrouvent ce sentiment, cette fierté d’appartenir et de faire vivre la nation française car c’est lorsque l’on sait d’où on vient, qu’on sait où on va.